Saturday, September 3, 2011

St. Gregory the Great - Décès du Père Monbourquette, Oblat de Marie Immaculée, pionnier de la psychologie chrétienne

Gregory the Great

Saint Gregory the Great
Pope and Doctor of the Church

O God, who care for your people with gentleness and rule them in love, through the intercession of Pope Saint Gregory, endow, we pray, with a spirit of wisdom those to whom you have given authority to govern, that the flourishing of a holy flock may become the eternal joy of the shepherds. Through our Lord.

* * * * * *

Hier soir, j’ai assisté au service de prière pour, et témoignages sur, le père Jean Monbourquette à la résidence Deschâtelets ici à Ottawa. Les funérailles seront célébrées cette après-midi à 14h00 dans l’Église du Sacré-Cœur.

Voici quelques extraits tirés de la revue, La Vie, qui nous aident à le connaître :

Jean Monbourquette



Le Père Jean Monbourquette est décédé ce dimanche 28 août à 3 heures du matin, à l'âge de 78 ans . Prêtre québécois, il est le pionnier du dialogue entre foi chrétienne, spiritualité et psychologie. Il a notamment expérimenté pour faire ses deuils et pardonner. Il y a un an, nous l'avions rencontré pour les Essentiels où il retraçait pour La Vie son itinéraire spirituel.

C’est à 17 ans que j’ai décidé de devenir "médecin des âmes". J’hésitais entre médecine et prêtrise. Les pères Oblats que je connaissais me paraissaient plus joyeux que les prêtres séculiers. Aussi, lorsqu’en fin d’études on m’a demandé de choisir mon orientation, j’ai écrit sur le tableau "médecin… des âmes", et je suis entré chez les Oblats. Après ma licence de théologie, j’ai enseigné le français au lycée d’Ottawa. À l’époque, j’avais des appréhensions vis-à-vis des groupes d’adolescents, et j’avais donc instauré une discipline de fer pour qu’ils me craignent. Une année, le directeur m’a demandé de prendre la classe de religion. Mon prédécesseur avait décrété qu’il ne fallait pas donner de notes dans cette matière. Mais alors, peu d’élèves m’écoutaient en classe, et j’ai traversé des états dépressifs.

J’ai décidé d’arrêter d’enseigner pour aller dans une paroisse. Devant les difficultés des couples qui venaient me voir, j’ai mis en place des groupes de dialogue. Plus de 500 ont répondu présent. J’ai demandé alors à mon supérieur de suivre des études de psychologie. Et je me suis retrouvé, à 41 ans, à passer une année à San Francisco. Au programme : l’analyse transactionnelle, la programmation ¬neurolinguistique, la Gestalt-thérapie.¬ J’ai découvert des outils efficaces, mais qui proposaient des systèmes fermés sur eux-mêmes sans aucune ouverture sur la transcendance. Il y avait, d’un côté, ce qui relevait de la psychologie et, de l’autre, ce qui s’approchait de la foi et de Dieu, sans passerelle entre les deux.

C’est alors que je me suis familiarisé avec la pensée de Jung. Enfin un psychologue qui osait parler de l’âme, cette capacité en nous d’accueillir le divin ! Il rejoignait mon expérience de l’époque. En travaillant sur moi, en cherchant à aller au-delà de la personnalité que je m’étais construite comme une carapace, j’ai effectué un travail vraiment spirituel. Durant mon ¬apprentissage californien, j’ai découvert aussi les jeux de rôles. La première fois, j’ai travaillé sur la mort de mon père, intervenue 22 ans auparavant ! À l’époque, j’avais pourtant effectué tous les rituels préconisés par l’Église, mais en bloquant mes émotions. En « revivant » ce moment, avec un vieux monsieur qui jouait le rôle de mon père, j’ai éclaté en sanglots sans pouvoir m’arrêter.

De retour au Canada, j’ai lancé des ateliers pour concilier les dimensions psychologiques et spirituelles, à travers notamment des groupes sur le deuil intitulés "Aimer, perdre, grandir", où chacun peut reparler du moment où il a perdu un proche.

Mon attention s’est aussi portée sur le pardon, après le départ d’une proche collaboratrice. Elle m’a annoncé qu’elle partait travailler pour un autre, et je l’ai vécu comme une trahison. En même temps, je voulais lui pardonner. Mais sans y parvenir. Je priais pour elle, mais cela ne suffisait pas. La colère demeurait. Ce que je lisais sur le pardon ne me convenait pas, car les auteurs escamotaient la blessure psychologique. J’ai orienté alors mon travail de thérapeute vers le pardon. « As-tu pardonné ? », demandais-je à mes clients pour voir ce qui fonctionnait et essayer de l’¬expérimenter à mon tour. J’ai découvert ainsi la nécessité de décider de ne pas se venger. Reconnaître que l’on est blessé. Identifier ce que l’on perd... Mais en scrutant mon for intérieur, j’avais encore de l’amertume et une faible estime de moi. Puis, un jour, j’ai décidé de lâcher, en demandant à Dieu de prendre le relais. « J’ai fait mon travail psychologique, je me suis guéri, à toi de jouer. » Une grande paix m’a envahi. J’ai compris alors que le pardon est un travail d’équipe entre soi et Dieu. Trois jours après, je priais pour la réussite de mon ancienne collaboratrice.

Mes ateliers et mes conférences rencontraient un grand succès. Lorsqu’en 1999, j’ai eu un accident cérébral. Je ne pouvais plus parler ni enseigner. Je l’ai vécu avec aigreur et agressivité au début. J’étais très colère contre Dieu. « Je fais du bien en ton Nom et tu m’envoies cette épreuve ! » J’ai pu mesurer alors la puissance de mon impuissance. Les méthodes que j’enseigne me donnent des outils efficaces pour soigner. Mais je n’ai pas la capacité de guérir tout. Je suis comme un guérisseur blessé, qui connaît ses pouvoirs et ses limites.

J’ai réappris à parler progressivement, tout en constatant que ma relation à Dieu avait changé. Je me suis toujours senti profondément aimé. Mais durant ma convalescence, cette conviction est devenue intérieure. Il n’est pas possible à une personne qui ne se connaît pas d’avoir une spiritualité profonde. Mais se connaître ne suffit pas si on ne laisse pas Dieu nous aimer avec nos blessures.

Les étapes de sa vie

1933 Naissance à Iberville, au Québec.
1957 Vœux perpétuels chez les Oblats de Marie-Immaculée.
1958 Ordination sacerdotale
1965 Enseigne le français, puis la religion.
1968 Nommé vicaire à la paroisse de Notre-Dame de Hull.
1974-75 Maîtrise en psychologie clinique à l’université de San Francisco.
1995 Publie Aimer, perdre, grandir, (600 000 ex. vendus au Québec).
1999 Accident cérébral.
2001 Publie Comment pardonner.
2009 Publie le Guérisseur blessé.

Pour expérimenter ses exercices

Jean Monbourquette a publié des manuels de développement personnel (chez Bayard), comprenant de nombreux exercices simples. Sur le deuil, Aimer, perdre, grandir, et sur le pardon, Comment pardonner. Sur la confiance en soi, il propose l’ouvrage De l’estime de soi à l’estime du soi. Il a aussi créé l’Association internationale de l’estime de soi et de l’estime du soi. Animée en Europe par Isabelle d’Aspremont, l’association propose des ateliers sur ces thèmes.

Article paru dans l'édition du 7 octobre 2010 (n°3397)



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